• Le p'tit vélo

    De quelqu'un qui n'entre pas dans nos normes, on dit souvent :

    "Il a un p'tit vélo dans sa tête"

    Mais si ce p'tit vélo ......

     

    Comme tout le monde, j'avais un p'tit vélo dans ma tête

    Comme presque tout le monde, je l'avais bien caché

    Et personne ne le voyait

    Et puis, un beau jour, je l'ai laissé partir

    Et il s'est mis à circuler dans ma tête

    Il s'est mis à faire son manège.

     

    Il a circulé dans mon cerveau

    Il a visité tous ses coins et ses recoins

    Et il a trouvé plein de casiers..... bien organisés.

     

    Il a d'abord vu celui de l'éducation enseignement

    C'était impressionnant avec ses deux et deux égalent quatre,

    Ses règles de grammaire,

    Ses cours d'histoire où on parlait de guerres, de rois, de dates ....

    Tout était bien cadré, rien ne manquait

    Pour réussir, il suffisait de le faire fonctionner

    Comme à l'école quand on écoutait le maître sans rien dire.

     

    En continuant sa ronde, mon vélo est tombé sur le casier religion

    Là aussi c'était parfait

    On savait ce qu'on devait croire..... et à qui obéir

    Il y avait Dieu, bien sûr

    Et puis le pape, les évêques, les prêtres,

    Et enfin les gens

    Evidemment ces derniers ne pouvaient faire qu'obéir

    Puisque les autres étaient au-dessus d'eux

    Il n'y avait pas de problèmes, ça devait marcher ainsi.

     

    Au détour d'un virage, mon vélo s'est heurté au casier société

    On y retrouvait encore tout ce qu'il fallait pour que l'ordre y règne

    Chacun était à sa place : le patron et l'ouvrier

    Le responsable et l'administré, le militaire et le civil...

    Pour être heureux, il suffisait de respecter la règle du jeu

    Des casiers, mon p'tit vélo en a trouvé bien d'autres.

     

    Je ne peux pas les décrire

    Mais tous se ressemblaient étonnamment

    Ce que je peux dire c'est qu'il a continué son manège dans ma tête

    Et, peu à peu, dans les casiers, "ça ne tournait plus très rond"

    Deux et deux commençaient à faire vingt deux

    Les rois, les guerres étaient remplacés par la vie des gens

    Et leur combat pour vivre

    Dieu était au milieu de son peuple, avec le pape, les évêques, les prêtres

    Qui ne pouvaient être ailleurs puisque Dieu s'était déplacé

    Dans les usines, chacun participait,

    Les décisions étaient prises en commun

    Le militaire avait perdu son uniforme

    Le responsable rendait des comptes.

     

    Vraiment , ça ne tournait plus rond

    C'était une ivresse qui m'envahissait

    On m'avait tracé une route toute droite

    Qui devait m'amener au bonheur

    Et voilà que je marchais de travers....

    Et j'en riais

    On pouvait bien se moquer, l'avenir s'ouvrait devant moi

    Je pouvais l'imaginer puisque les règles avaient changé

    Puisque les casiers eux-mêmes étaient entrés dans la ronde,

    Dans la fête de ma tête

    Alors, je me suis dit :

    "Si chacun laissait son p'tit vélo circuler dans sa tête

    Ca changerait beaucoup de choses dans notre monde

    Et si ce p'tit vélo, c'était un grain de folie,

    Ce quelque chose de l'Esprit qui nous souffle

    L'utopie d'un monde nouveau"

    (Inconnu)


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