• Rebellion de Pontiac

     PontiacOn ne connaît aucun portrait authentique                              

    de Pontiac. Cette peinture a été réalisée par                              

     John Mix Stanley près de cent ans après                              

    la mort du chef amérindien                              

    La rébellion de Pontiacconspiration de Pontiac ou guerre de Pontiac opposa l'Empire britannique à une confédération de tribus amérindiennes de la région des Grands Lacs, du Pays des Illinois et de la Vallée de l'Ohio entre 1763 et 1766. Le conflit fut causé par les politiques désavantageuses qu'imposaient les Britanniques aux Amérindiens après avoir battu les Français durant la guerre de la Conquête (1754-1760). Les guerriers de nombreuses tribus rejoignirent le soulèvement amerindien dont le but était de chasser les troupes et les colons britanniques de la région. La guerre est nommée du nom du chef outaouais Pontiac, le plus prééminent des chefs amérindiens durant le conflit.

    La guerre débuta en mai 1763 lorsque les Amérindiens, offensés par les politiques du général britannique Jeffery Amherst, attaquèrent plusieurs forts et implantations britanniques. Huit forts furent détruits et des centaines de colons furent tués ou capturés tandis qu'un nombre plus important quitta la région.

    La guerre a été brutale et le meurtre de prisonniers, les attaques contre les civils et diverses atrocités étaient courantes. Dans ce qui est peut-être l'incident le plus connu de la guerre, des officiers britanniques du Fort Pitt tentèrent d'infecter les Amérindiens assiégeant le fort avec des couvertures ayant été utilisées par des malades de la variole2. La sauvagerie et la perfidie du conflit reflétaient l'hostilité grandissante entre les colons britanniques et les Amérindiens.

    Malgré la création d'une réserve indienne (ou « Territoires indiens ») par la Proclamation royale de 1763, votée par le parlement anglais en octobre, le conflit dura jusqu'en 1766 et mena finalement à une impasse militaire : les Amérindiens ne réussirent pas à chasser les Britanniques, et ces derniers échouèrent à imposer leur souveraineté sur la partie orientale (rive droite du Mississippi) de l'ancienne Louisiane. Cette guerre poussa par la suite le gouvernement britannique à modifier sa politique à l'égard des Amérindiens. Les Britanniques cherchèrent à éviter de nouvelles violences en maintenant une stricte frontière entre les Treize colonies et la réserve indienne. Cette mesure se révéla impopulaire pour des colons désireux de s'installer plus à l'ouest et fut l'une des causes ayant mené à la révolution américaine.

    Le conflit est nommé d'après son plus fameux participant, le chef outaouais Pontiac et les variantes incluent « rébellion de Pontiac », « conspiration de Pontiac » ou « guerre de Pontiac ». L'une des premières désignations était « guerre de Pontiac et de Guyasuta, un influent chef mingo/séneca » ;  La guerre fut largement désignée « conspiration de Pontiac » après la publication en 1851 de The Conspiracy of Pontiac de Francis Parkman1. Cet ouvrage influent qui servit de base à tous les autres livres sur la guerre pendant près d'un siècle est toujours publié aujourd'hui.

    Au xxe siècle, certains historiens ont avancé que Parkman avait exagéré l'influence de Pontiac dans le conflit et qu'il était donc trompeur de nommer la guerre d'après lui. L'historien Francis Jennings écrivit par exemple en 1988 : « Dans l'esprit obscur de Francis Parkman, les complots d'un trou paumé émanaient d'un génie sauvage, le chef outaouais Pontiac, et ils devinrent donc la « conspiration de Pontiac » mais Pontiac était uniquement un seigneur de guerre outaouais local dans une « résistance » impliquant de nombreuses tribus ».

    Politiques d'Amherst


     Les politiques du général Jeffery Amherst, un héros britannique de la guerre de Sept Ans, furent l'une des causes de la guerre (peinture sur huile de Joshua Reynolds, 1765).

    Le général Amherst, le commandant en chef britannique en Amérique du Nord, était chargé de la politique d'administration des Amérindiens qui incluait des aspects militaires et économiques et en particulier la traite des fourrures. Amherst considérait qu'avec la disparition de l'influence française, les Amérindiens n'auraient pas d'autres choix que d'accepter la domination britannique. Il pensait également qu'ils seraient incapables d'offrir une sérieuse résistance à l'armée britannique et il ne déploya que 500 soldats sur les 8 000 sous son commandement dans la région où débuta la révolte. Amherst et ses officiers comme le major Henry Gladwin, commandant de Fort Détroit, ne dissimulaient pas leur mépris des Amérindiens et les Amérindiens impliqués dans le soulèvement se plaignaient fréquemment du fait que les Britanniques ne les traitaient pas mieux que des esclaves ou des chiens.

    Le mécontentement des Amérindiens s'accentua en février 1761 après qu'Amherst eut décidé d'arrêter l'envoi de présents aux tribus. Ces présents étaient un élément essentiel de la relation entre les Français et les tribus du Pays-d'en-Haut. Suivant une coutume amérindienne ayant une symbolique importante, les Français offraient des présents (tels que des fusils, des couteaux, du tabac et des vêtements) aux chefs de village qui à leur tour distribuaient ces présents à leur peuple. Cela permettait aux chefs de renforcer leur position dominante et ils pouvaient ainsi maintenir leur alliance avec les Français. Amherst considérait néanmoins que cette coutume était une forme de corruption qui n'était plus nécessaire en particulier après qu'il eut reçu l'ordre de réduire les dépenses après la fin des combats. De nombreux Amérindiens considéraient ce changement de politique comme une insulte et une indication que les Britanniques les considéraient comme un peuple conquis et non comme des alliés.

    Amherst commença également à réduire la quantité de munitions et de poudre à canon que les marchands pouvaient vendre aux Amérindiens. Alors que les Français avaient toujours rendu cet approvisionnent disponible, Amherst n'avait pas confiance dans les Amérindiens, en particulier après la « rébellion cherokee » de 1761 au cours de laquelle les Cherokees avaient pris les armes contre leurs anciens alliés britanniques. Le soulèvement avait échoué du fait d'une pénurie de poudre et Amherst considérait que de futures révoltes pourraient être évitées en limitant la distribution de poudre. Cette décision fut très mal accueillie par les Amérindiens car la poudre à canon rendait la chasse pour se nourrir et récupérer des fourrures bien plus facile. De nombreux Amérindiens commencèrent à croire que les Britanniques les désarmaient en prévision d'une attaque contre eux. William Johnson, le surintendant du département des Indiens, tenta en vain d'avertir Amherst du danger de mettre un terme aux fournitures de présents et de poudre à canon.

    Terres et religion

    La terre fut également une des causes de la guerre. Tandis que les colons français avaient toujours été peu nombreux, le nombre de colons dans les colonies britanniques qui voulaient défricher les terres et s'installer semblait sans limite. Les Shawnees et les Delawares de la Vallée de l'Ohio avaient été chassés par les colons britanniques et cela motiva leur participation au conflit. De l'autre côté, les Amérindiens des Grands Lacs et du Pays des Illinois n'avaient pas été fortement exposées aux implantations blanches même s'ils connaissaient les expériences des tribus de l'est. L'historien Gregory Dowd avance que la plupart des Amérindiens impliqués dans la révolte de Pontiac n'étaient pas immédiatement menacés par les colons blancs et que les historiens ont donc surévalué l'importance de l'expansion coloniale britannique dans les causes de la guerre. Dowd considère que la présence, l'attitude et les pratiques de l'armée britannique, que les Amérindiens considéraient comme menaçantes et insultantes, furent des facteurs bien plus importants.

    Parmi les causes de la guerre figuraient également un réveil religieux qui traversa les tribus amérindiennes au début des années 1760. Le mouvement fut nourri par le mécontentement contre les Britanniques, les pénuries de nourriture et les épidémies. Le personnage le plus influent était Neolin, appelé le « prophète delaware », qui appela les Amérindiens à rejeter le commerce des biens, des armes et de l'alcool avec les Blancs. Mélangeant des éléments chrétiens avec les traditions religieuses amérindiennes, Neolin déclara que le Maître de la Vie était mécontent car les Amérindiens avaient pris les mauvaises habitudes des Blancs et que les Britanniques menaçaient leur existence : « Si vous tolérez les Anglais parmi vous, vous êtes des hommes morts. La maladie, la variole et leur poison [alcool] vous détruiront complètement ». C'était un message puissant pour un peuple dont le monde était changé par des forces semblant hors de sa portée.

    Guyasuta.jpg

     Portrait de Guyasuta

    1Francis Parkman (16 septembre 1823-8 novembre 1893) était un historien et un spécialiste en horticulture américain natif de Boston. Il est connu pour avoir publié plusieurs ouvrages sur l’Amérique française.

     Francis Parkman.jpg

    2La variole ou petite vérole était une maladie infectieuse d'origine virale, très contagieuse et épidémique. Le mot variole vient du latin varus,  (qui signifie « pustule ») et de varius,  (qui signifie « moucheté »). En effet, la variole se caractérise en quelque sorte par un « mouchetage de pustules ». La variole a été responsable jusqu'au XVIIIe siècle de dizaines de milliers de morts par an rien qu'en Europe.

     

    Batailles

    « TessouatJoseph Brant »

    Tags Tags : , , , ,